Vigie

Justice et peines

De la plainte à la prison : ce qui arrive vraiment.

La peine inscrite dans le Code pénal n'est pas celle que prononce un tribunal, qui n'est pas la durée réellement passée en détention. Entre les faits et le jugement, la plupart des dossiers disparaissent. Cette page suit la chaîne pénale maillon par maillon, à partir des seules statistiques publiques.

64 %

des majeurs mis en cause ne sont pas poursuivables : l'affaire est classée, « infraction insuffisamment caractérisée » dans 75 % des cas.

Source : Ministère de la Justice, Infostat Justice n°205 (2025)

+56 %

de personnes mises en cause pour viol ou agression sexuelle sur mineur entre 2020 et 2024 (+84 % pour le seul viol).

Source : Ministère de la Justice, Infostat Justice n°205 (2025)

7,3 ans

de délai moyen entre les faits et le jugement pour un viol sur mineur (4,9 ans pour une agression sexuelle).

Source : Ministère de la Justice, Infostat Justice n°205 (2025)

L'entonnoir pénal

Beaucoup de faits entrent, peu de dossiers ressortent jugés

Chaque étape filtre la précédente. Ces repères situent le volume et le rythme du contentieux : ce sont des faits et des personnes connus de la justice, pas le nombre total de faits réellement subis.

22 300

personnes mises en cause chaque année pour viol ou agression sexuelle sur mineur. C'est l'ampleur judiciaire, pas le nombre de faits réellement subis.

Source : Ministère de la Justice, Infostat Justice n°205 (2025)

8 ans ½

âge moyen de l'enfant au début des violences. Le temps judiciaire de 7,3 ans s'ajoute à ce point de départ déjà précoce.

Source : CIIVISE, Rapport public (2023)

61 %

des signalements viennent des forces de sécurité (gendarmerie 33 %, police 28 %) : sans ce premier maillon, l'entonnoir ne se remplit pas.

Source : Ministère de la Justice, Infostat Justice n°205 (2025)

La chaîne pénale, étape par étape

Entre les faits commis et la peine finalement exécutée, le nombre de dossiers diminue à chaque maillon. C'est cet entonnoir qu'il faut avoir en tête avant de lire le moindre chiffre.

  1. 1

    Signalement

    Le premier maillon : 61 % des signalements proviennent des forces de sécurité (gendarmerie 33 %, police 28 %). Beaucoup de faits ne sont jamais déclarés, et l'âge moyen au début des violences est de 8 ans et demi.

    61 %

    Ministère de la Justice, Infostat Justice n°205 (2025)

  2. 2

    Enquête

    Auditions, éléments numériques, expertises, confrontations, parfois instruction. C'est largement ce qui explique un délai moyen de 7,3 ans entre les faits et le jugement pour un viol sur mineur.

    7,3 ans

    Ministère de la Justice, Infostat Justice n°205 (2025)

  3. 3

    Poursuite ou classement

    Le maillon où l'entonnoir se resserre le plus : 64 % des majeurs mis en cause ne sont pas poursuivables, le classement reposant dans 75 % des cas sur une « infraction insuffisamment caractérisée ».

    64 %

    Ministère de la Justice, Infostat Justice n°205 (2025)

  4. 4

    Jugement

    Quand l'affaire est jugée, la peine dépend de la qualification retenue. En 2023, 491 viols sur mineur et 2 074 agressions sexuelles sur mineur ont donné lieu à condamnation.

    2 565

    Ministère de la Justice, Infostat Justice n°205 (2025)

  5. 5

    Exécution de la peine

    La durée affichée au jugement n'est pas toujours la durée réellement passée en détention : aménagements, réductions, libérations. La donnée publique sur l'exécution réelle, par infraction, reste lacunaire.

Encouru ≠ prononcé ≠ exécuté

Le débat public confond la peine maximale prévue par la loi, la peine décidée par le tribunal et la durée réellement passée en détention. Ces trois grandeurs ne se valent pas. Vigie les sépare, ne juge aucune affaire en particulier et ne travaille que sur des agrégats et des séries statistiques publiques.

Peine encourue

1

Ce que le Code pénal autorise

C'est le plafond inscrit dans la loi : 15 ans de réclusion pour un viol, 20 ans quand la victime a moins de quinze ans. Un maximum théorique, pas une peine automatique. C'est aussi le seul chiffre que tout le monde cite, alors qu'il décrit le moins la réalité vécue.

Peine prononcée

2

Ce que le tribunal décide

C'est la peine inscrite dans la décision, après débat, qualification et circonstances. Pour un viol sur mineur, la médiane de la part ferme est de 12 ans ; pour une agression sexuelle, elle tombe à 18 mois, et 45 % des condamnations sont assorties d'un sursis total.

Peine exécutée

3

Ce qui est réellement passé en détention

C'est la durée effectivement subie : aménagements, réductions de peine, libération conditionnelle ou semi-liberté la séparent souvent de la durée affichée au jugement. La donnée publique sur l'exécution réelle, par type d'infraction, reste lacunaire — d'où la prudence de Vigie sur ce dernier maillon.

Ce que la loi autorise

Les peines encourues en droit français

Voici les plafonds prévus par le Code pénal, avec l'article qui les fixe. Ce sont des maximums théoriques. La peine effectivement prononcée, puis exécutée, est une tout autre réalité — détaillée juste après.

InfractionChampPeine maximale encourueAmendeSourceÀ garder en tête
ViolDéfinition générale, hors circonstance aggravante15 ans de réclusion criminelleNon prévue dans l'article socle

Code pénal, art. 222-23

La peine augmente en cas de circonstances aggravantes ; la définition du viol a été modifiée en 2025.
Viol sur mineur de quinze ansViol aggravé par l'âge de la victime20 ans de réclusion criminelleNon prévue dans l'article aggravant

Code pénal, art. 222-24

L'article 222-24 liste plusieurs aggravations ; le mineur de quinze ans en fait partie.
Viol ayant entraîné la mortCrime aggravé par le résultat30 ans de réclusion criminelleNon prévue dans l'article

Code pénal, art. 222-25

Cas extrême à distinguer des violences sexuelles enregistrées dans les données SSMSI.
Agression sexuelle autre que le violDélit sexuel, hors aggravations5 ans d'emprisonnement75 000 €

Code pénal, art. 222-27

Les articles suivants aggravent la peine selon vulnérabilité, minorité, autorité, réunion, arme, etc.
Agression sexuelle sur mineur de quinze ansAgression sexuelle imposée à un mineur de quinze ans10 ans d'emprisonnement150 000 €

Code pénal, art. 222-29-1 et 222-29-2

La qualification dépend de la violence, contrainte, menace, surprise ou du seuil d'âge/d'écart d'âge.
Atteinte sexuelle sur mineur de quinze ansHors viol ou agression sexuelle7 ans d'emprisonnement100 000 €

Code pénal, art. 227-25

Infraction spécifique aux mineurs ; ne pas confondre avec viol ou agression sexuelle.
Corruption de mineurFavoriser ou tenter de favoriser la corruption d'un mineur5 ans d'emprisonnement75 000 €

Code pénal, art. 227-22

Peines aggravées selon les circonstances, notamment mineur de quinze ans ou bande organisée.
Propositions sexuelles à mineur en ligneMajeur vers mineur de quinze ans ou personne se présentant comme telle2 ans, portés à 5 ans si rencontre30 000 €, portés à 75 000 € si rencontre

Code pénal, art. 227-22-1

C'est le socle juridique utile pour les situations de sollicitation en ligne.
Images pédopornographiquesFixation, enregistrement, transmission, diffusion, détention ou consultation habituelle5 à 10 ans selon les cas75 000 € à 500 000 € selon les cas

Code pénal, art. 227-23

Les peines montent notamment en cas de réseau électronique vers public indéterminé ou bande organisée.
Sollicitation d'images sexuelles d'un mineurMajeur sollicitant la diffusion ou transmission d'images sexuelles du mineur7 ans d'emprisonnement100 000 €

Code pénal, art. 227-23-1

Infraction créée par la loi du 21 avril 2021, très utile pour les dossiers numériques.

Source : Code pénal, articles cités ligne par ligne (Légifrance). Le seuil de non-consentement est fixé à 15 ans, 18 ans pour l'inceste (loi du 21 avril 2021).

Du plafond à la réalité

Ce que prononcent réellement les tribunaux

Une fois l'affaire jugée, la peine dépend de la qualification retenue. Les chiffres ci-dessous portent sur les infractions effectivement condamnées, pas sur l'ensemble des faits commis ou déclarés.

Viol sur mineur

Quand un viol sur mineur est jugé et condamné, la peine est lourde dans la quasi-totalité des cas.

94,3 %

des viols sur mineur condamnés le sont à une peine entièrement ferme.

Source : Ministère de la Justice, Infostat Justice n°205 (2025)

12 ans

médiane de la part ferme prononcée pour un viol sur mineur (144 mois).

Source : Ministère de la Justice, Infostat Justice n°205 (2025)

Agression sexuelle (hors viol)

Pour l'agression sexuelle, la même justice prononce des peines bien plus courtes, et souvent sans détention.

18 mois

médiane de la part ferme prononcée pour une agression sexuelle (hors viol).

Source : Ministère de la Justice, Infostat Justice n°205 (2025)

45 %

des condamnations pour agression sexuelle sont assorties d'un sursis total : 53 % seulement comportent du ferme.

Source : Ministère de la Justice, Infostat Justice n°205 (2025)

Comment lire ces chiffres

Une médiane signifie que la moitié des peines fermes prononcées sont au-dessus, l'autre moitié en dessous. Ces parts portent sur les affaires condamnées : elles ne disent rien des 64 % de majeurs mis en cause non poursuivables, ni des faits jamais signalés.

Condamnations 2023 et profil des mis en cause

Ces ordres de grandeur situent l'activité judiciaire annuelle. Ils comptent des condamnations et des personnes mises en cause, à ne pas confondre avec le nombre de victimes ou de faits commis. Le profil casse le cliché de l'inconnu : une part importante des auteurs sont eux-mêmes mineurs.

Agressions sexuelles sur mineur

2 074

condamnations prononcées en 2023 pour agression sexuelle sur mineur.

Source : Ministère de la Justice, Infostat Justice n°205 (2025)

Viols sur mineur

491

condamnations prononcées en 2023 pour viol sur mineur.

Source : Ministère de la Justice, Infostat Justice n°205 (2025)

Auteurs mineurs

39 %

des personnes mises en cause sont mineures au moment des faits.

Source : Ministère de la Justice, Infostat Justice n°205 (2025)

Auteurs hommes

94,5 %

des personnes mises en cause pour ces faits sont des hommes.

Source : Ministère de la Justice, Infostat Justice n°205 (2025)

Plafond affiché ou peine réelle : la comparaison internationale trompe

Comparer les pays sur leur peine maximale induit en erreur : un plafond élevé n'est pas une peine ordinaire. Côté français, la donnée réelle est désormais documentée.

France — viol sur mineur

Plafond encouru
20 ans encourus (victime mineure de quinze ans, art. 222-23-1)
Peine réellement prononcée
94,3 % de peines entièrement fermes ; médiane de la part ferme à 12 ans.

La peine réellement prononcée est lourde dans la quasi-totalité des viols sur mineur jugés. Mais elle ne dit rien des 64 % de mis en cause non poursuivables, ni des faits qui n'arrivent jamais jusqu'au procès.

Le tableau complet des peines encourues pays par pays, avec ses avertissements de comparabilité, est tenu à jour sur la page Atlas. Définitions pénales, âge de consentement et structure des peines diffèrent trop d'un pays à l'autre pour autoriser un classement brut.

Ce que Vigie ne fait pas

Vigie travaille uniquement sur des chiffres agrégés et publics. Aucun nom, aucune photo, aucun classement de personnes. Désigner publiquement un individu ne protège aucun enfant et fragilise les enquêtes. La force de cette page, c'est l'écart entre les chiffres, pas la mise en cause de quiconque.

Ces chiffres ne devraient pas être normaux.

64 % de mis en cause non poursuivables, 7,3 ans d'attente, des agressions sexuelles à 45 % de sursis total. Demander plus de transparence et de moyens, c'est refuser que cet écart reste la norme.

Sources

Les chiffres de cette page proviennent de l'Infostat Justice n°205, des autres statistiques publiques du ministère de la Justice, des articles du Code pénal et des travaux de la CIIVISE. Chaque chiffre cite sa source.

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