Méthodologie
Vigie publie des statistiques de violences aux personnes à partir des données officielles du ministère de l'Intérieur. Cette page explique d'où viennent les chiffres, comment ils sont transformés et, surtout, ce qu'ils ne disent pas. Elle s'adresse autant au lecteur curieux qu'au journaliste ou à l'élu qui souhaite les citer.
Ce que mesure Vigie
Les chiffres proviennent des bases statistiques communale, départementale et régionale de la délinquance enregistrée par la police et la gendarmerie nationales, produites par le SSMSI — le service statistique ministériel de la sécurité intérieure — et publiées sur data.gouv.fr. Vigie utilise le millésime 2025 (géographie communale 2025), mis à jour en mars 2026, qui couvre les années 2019 à 2025 pour 34 969 communes, 101 départements et 18 régions.
Parmi les indicateurs publiés par le SSMSI, Vigie retient les cinq qui décrivent les violences aux personnes :
- Violences sexuelles. Viols, agressions et atteintes sexuelles enregistrés par les services de police et de gendarmerie.
- Violences intrafamiliales. Coups et blessures volontaires commis dans le cadre familial, enregistrés par les services de sécurité.
- Violences hors cadre familial. Coups et blessures volontaires commis hors du cadre familial, enregistrés par les services de sécurité.
- Homicides. Homicides volontaires aboutis, y compris coups mortels.
- Tentatives d'homicide. Tentatives d'homicide volontaire enregistrées.
Pour ces cinq indicateurs, l'unité de compte est la victime : les nombres publiés comptent des victimes enregistrées, pas des affaires, des condamnations ni des personnes mises en cause.
Enregistré n'est pas commis
Un fait n'entre dans ces bases que s'il est porté à la connaissance de la police ou de la gendarmerie — par une plainte, un signalement ou une intervention. Les chiffres mesurent donc l'activité d'enregistrement des services, pas la réalité exhaustive des violences : une partie des faits commis n'est jamais déclarée.
C'est particulièrement vrai pour les violences sexuelles et intrafamiliales, où la hausse des dernières années reflète en partie une libération de la parole et un meilleur accueil des victimes. Une courbe qui monte peut signifier que les violences augmentent, que les victimes déclarent davantage, ou les deux. Les comparaisons dans le temps demandent cette prudence.
Estimations de victimation
Pour les violences sexuelles, Vigie affiche par défaut une estimation lisible de la sous-déclaration : les faits enregistrés sont multipliés par 10. Hypothèse prudente de travail : les faits enregistrés ne représenteraient qu'environ un fait sur dix pour les violences sexuelles. Le facteur est présenté comme une estimation, jamais comme un décompte réel.
L'affichage cartographique convertit ensuite le taux en estimation pour 1 000 habitants, plus lisible qu'un taux officiel pour 10 000. Exemple : 19 faits enregistrés pour 10 000 habitants deviennent, avec l'hypothèse x10, environ 19 faits estimés pour 1 000 habitants, soit un équivalent statistique annuel d'environ 1 fait estimé pour 53 habitants.
Ce ratio ne doit pas être lu comme une probabilité individuelle uniforme. Il ne signifie pas que chaque habitant aurait la même chance annuelle d'être victime, ni qu'il y aurait un auteur pour 53 habitants. Il rapporte un volume estimé de faits ou de victimations à la population du territoire, sur l'année d'enregistrement.
Ces estimations ne sont jamais présentées comme une vérité locale certaine. Elles ne disent pas combien d'auteurs, de violeurs ou de pédocriminels vivraient dans une commune ou un quartier. Elles décrivent seulement un ordre de grandeur probable entre les faits enregistrés et la victimation réelle. Les chiffres officiels restent accessibles dans le mode « Taux » et le mode « Nombre ».
Le secret statistique
À l'échelle communale, le SSMSI applique une diffusion conditionnelle : quand les effectifs d'une commune sont trop faibles pour garantir l'anonymat des victimes, la valeur n'est pas publiée. C'est ce que Vigie affiche comme « non diffusé ». Une donnée masquée n'est pas un zéro : elle signifie seulement que le chiffre ne peut pas être rendu public.
Ce masquage est montré tel quel, jamais lissé : sur la carte, les communes concernées apparaissent hachurées ; dans les graphiques, la courbe ne traverse jamais une année masquée — un repère discret marque l'année sur l'axe et la série reprend là où la diffusion reprend.
Enfin, les pages des communes dont aucune donnée n'est diffusable — un peu plus de 3 000 sur près de 35 000 — sont exclues de l'indexation par les moteurs de recherche : Vigie ne crée pas de page vide pour exister sur un nom de commune.
Taux, classes et couleurs
Les nombres bruts dépendent d'abord de la taille du territoire. Vigie affiche donc des taux pour 10 000 habitants. Aux échelles communale, départementale et régionale, ce sont les taux calculés par le SSMSI sur la population municipale INSEE, publiés pour 1 000 habitants et convertis pour 10 000. Le chiffre France entière est calculé par Vigie en rapportant la somme des faits régionaux à la population totale.
Sur la carte, les bornes des classes de couleur sont des quantiles calculés sur l'ensemble des taux publiés, toutes années confondues : la couleur d'une commune garde le même sens d'une année à l'autre, ce qui rend les comparaisons temporelles possibles. À l'échelle communale, les quantiles sont calculés sur les seules valeurs non nulles — une grande partie des communes n'enregistre aucun fait, et les inclure écraserait toutes les classes ; les communes à zéro fait rejoignent la classe la plus claire.
Les taux et les nombres de faits utilisent une palette séquentielle (du clair au foncé). Les évolutions utilisent une palette divergente (baisse en sarcelle, hausse en prune) avec des seuils fixes et symétriques (±5 %, ±20 %, ±50 %).
Les homicides et tentatives
Le SSMSI publie les homicides et les tentatives d'homicide uniquement aux échelles départementale et régionale : les effectifs communaux, très faibles, ne permettent pas une diffusion locale. Sur la page d'une commune, Vigie affiche alors le chiffre du département, clairement signalé comme tel.
Même au niveau départemental, ces effectifs restent faibles : un fait de plus ou de moins suffit à faire varier fortement un taux ou une évolution. Ces deux indicateurs se lisent en tendance longue, pas en variation annuelle.
La couche presse
Vigie prépare une couche complémentaire de signalements issus de la presse locale, en cours d'activation. Chaque signalement doit décrire un fait public sans identifier une personne : pas de nom, pas de photo, pas d'initiales, pas d'adresse, pas d'âge exact, pas d'établissement ou de détail permettant de reconnaître une victime, un suspect, une personne mise en cause ou une personne condamnée.
Les signalements sont classés par catégories de faits, par exemple violences sexuelles ou violences sexuelles impliquant un mineur. La localisation est ramenée au niveau le plus large utile : commune par défaut, quartier seulement si l'information est déjà publique, suffisamment générale et non identifiante.
Un signalement marqué comme contenant une donnée personnelle ne doit pas apparaître dans la carte publique ni dans l'API publique, même s'il existe en base pour vérification interne. Cette couche illustre l'actualité d'un territoire ; elle ne remplace pas les données officielles et n'entre dans aucun calcul statistique du site.
Ce que Vigie ne cartographie pas
Vigie cartographie des statistiques, des signaux anonymisés et des estimations documentées. Vigie ne cartographie pas des personnes. Le site ne publie donc pas de registre nominatif, d'adresse individuelle, de visage, de photo, de nom, de pseudonyme, de profession rare, de lien familial identifiable ou de score de dangerosité attribué à une personne.
Cette limite vaut même quand l'information a été publiée ailleurs, par exemple dans un article de presse ou une décision de justice. Les sources publiques peuvent être utilisées pour documenter un phénomène territorial, pas pour reconstituer une liste locale de personnes identifiables.
Reproduire nos calculs
Toute la chaîne est déterministe et reproductible. Les fichiers source sont publics : bases SSMSI sur data.gouv.fr sous Licence Ouverte Etalab, contours administratifs Etalab 2025, populations et découpage via l'API officielle geo.api.gouv.fr. Les futures estimations de victimation devront citer leurs enquêtes sources et leurs coefficients. Les transformations opérées par Vigie se résument à ce qui est décrit sur cette page : conversion des taux pour 10 000 habitants, agrégat France entière, calcul des bornes de classes et, le cas échéant, application documentée d'un facteur d'estimation.
La liste exacte des fichiers importés, avec leurs adresses et leurs dates de téléchargement, est tenue à jour sur la page Sources. Les scripts d'import sont versionnés avec le code du site.
Limites
Ces chiffres mesurent aussi la propension à déclarer : un taux élevé peut signaler plus de faits, mais aussi une meilleure déclaration ou une présence institutionnelle plus active. Dans les petites communes, un seul fait de plus ou de moins change beaucoup un taux : les évolutions locales sont bruitées et ne font pas une tendance.
L'année 2020, marquée par les confinements, est une base de comparaison atypique : les évolutions sur cinq ans calculées depuis cette année-là se lisent avec ce contexte en tête. Enfin, Vigie ne produit aucun classement : ces données ne disent pas où il fait « bon » ou « mauvais » vivre, elles décrivent une activité d'enregistrement, dans les limites posées ci-dessus.